Programme de rétablissement du caribou forestier au Canada : copie à revoir, selon la SNAP
Montréal, Québec, le 16 octobre 2011 – La Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) publie aujourd’hui, sous la forme d’un « bulletin scolaire », une évaluation du Programme provisoire de rétablissement du caribou forestier au Canada. Ce bulletin présente notre analyse et propose des améliorations importantes afin de remédier aux lacunes qui risquent de menacer la survie, à long terme, de cette espèce menacée.
Le caribou forestier est considéré comme menacé et, en vertu de la loi canadienne sur les espèces en péril, le gouvernement fédéral est dans l’obligation de produire un programme de rétablissement. Environnement Canada a dévoilé son document au mois d’août dernier et consulte le public jusqu’au 26 octobre prochain. La version finale du Programme de rétablissement est attendue un mois après la fin de la période de consultation publique.
Le caribou est une icône canadienne qui orne nos pièces de 25 cents, mais révèle surtout la santé de nos vastes forêts boréales, qui nous fournissent d’importants services écologiques dont nous dépendons.
« En cette période de rentrée scolaire et parlementaire, nous avons décidé d’analyser les travaux du gouvernement censés protéger une espèce emblématique et menacée du Canada. Force est de constater que des progrès notables sont encore nécessaires » rapporte Chris Henschel, coordonnateur national du programme de conservation boréale à la SNAP.
« Nous attribuons de bonnes notes au gouvernement lorsqu'il reconnait les principaux résultats des travaux scientifiques qui révèlent que la dégradation de l’habitat du caribou constitue sa principale menace — et que la protection de cet habitat doit constituer la clé du rétablissement de l'espèce », déclare Henschel
« Pour les points suivants, les notes dégringolent. En particulier, le Programme de rétablissement manque totalement l’objectif de protéger l’habitat essentiel du caribou forestier. À moins d’améliorations significatives, nous craignons que ce Programme accentuera le déclin du caribou forestier dans de nombreuses régions du Canada », ajoute Henschel.
La SNAP invite donc le gouvernement fédéral à procéder aux améliorations suivantes :
• Offrir la même probabilité de survie à toutes les populations de caribou forestier du Canada – Actuellement, le Programme de rétablissement fixe un objectif d’autosuffisance pour seulement la moitié des 57 populations de caribou forestier identifiées au Canada pour l’année 2060. Pour les autres populations, le Programme n’envisage qu’un simple maintien de leurs effectifs, même si les scientifiques les ont parfois jugés incompatibles avec l’autosuffisance. La SNAP affirme que l’objectif gouvernemental doit inclure le maintien de TOUTES les populations de caribous forestiers restantes, y compris les plus menacées d’extinction par l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta, de la Saskatchewan et du nord de la Colombie-Britannique.
• Sécuriser l’habitat essentiel du caribou forestier – Le Programme de rétablissement laisse présentement de grandes étendues d’habitat essentiel au caribou forestier accessible à divers développements anthropiques, diminuant ainsi la probabilité de survie de nombreuses hardes.
• Choisir une probabilité de succès adéquate – Le gouvernement a décidé d'un plan qui ne donnerait que 60 % de probabilités qu'une population devienne autosuffisante. Ce seuil, qui correspond à un taux de perturbation de l’habitat essentiel de 35 %, est trop risqué pour les populations de caribous. Nous recommandons au gouvernement d’adopter une probabilité d’autosuffisance de 80 %, ce qui revient à protéger ou restaurer davantage son habitat essentiel.
• Privilégier la protection de l’habitat essentiel du caribou plutôt que le contrôle des prédateurs – Le Programme de rétablissement offre aux gouvernements provinciaux de poursuivre la dégradation de l’habitat essentiel du caribou jusqu’à un seuil de 95 % pour des populations très fragiles, à condition de contrôler les prédateurs du caribou. Cette mesure n’est pas justifiable.
Au Québec, la SNAP Québec ajoute que la manière dont les populations locales ont été délimitées n’est pas satisfaisante. Le document laisse entendre que les populations de caribou forestier se portent bien alors que la réalité est tout autre. « Une évaluation sérieuse de l’état de santé réel des populations québécoises et de la qualité de leur habitat essentiel est absolument nécessaire pour assurer la survie de cette espèce », affirme Jérôme Spaggiari, coordonnateur de la conservation à la SNAP Québec. Par ailleurs, la nécessité d’agir pour la protection du caribou forestier rappelle l’urgence de créer rapidement de vastes aires protégées capables de conserver son habitat préférentiel. « Il y a d’ailleurs sur la table du ministre Arcand de beaux projets, tels que Mesikamis (rivière Broadback) ou Chisesaakahiikan (lac Evans) portés respectivement par les communautés cries de Waswanipi et Nemaska, qui ne demandent qu’à aboutir » ajoute M. Spaggiari.
La SNAP considère que conserver l’habitat boréal du caribou forestier dans tout le pays est compatible avec le développement d’un secteur forestier prospère. Nous travaillons à ce double objectif dans le cadre de l’Entente sur la forêt boréale canadienne (www.ententesurlaforetborealecanadienne.com). Dans le cadre de cette entente, les groupes environnementaux collaborent avec le secteur forestier afin de suggérer des plans de conservation du caribou qui tiennent compte des impacts socio-économiques.
— 30 —
Cliquer ici pour consulter le bulletin scolaire (en français) et ici pour lire le mémoire complet de la SNAP (en anglais seulement).
La SNAP Québec a pour mission la protection du patrimoine naturel en favorisant la création d’aires protégées ainsi que l'amélioration de la gestion des aires existantes. Nos actions parlent d’elles-mêmes puisque nous avons déjà contribué à la protection de plus de 450 000 kilomètres carrés du patrimoine naturel canadien.
Pour information : contacter Marie-Ève Allaire, coordonnatrice aux relations avec la communauté, au 514 278-7627 poste 221.
