La biodiversité marine du Canada est mal protégée

  • Date de publication: 02 07 2012 |
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Dix experts de la Société royale du Canada - dont le Prof. Isabelle Côté co-auteure, avec la SNAP, des Directives scientifiques relatives aux aires marines protégées (AMP) et au réseau d’AMP - viennent de publier un bilan de l’état de la biodiversité marine au Canada notamment dans le contexte des défis posés par les changements climatiques, les pêches et l’aquaculture.


Dans cet imposant rapport de 316 pages consultable ici, les auteurs produisent également une analyse critique de la situation des AMP au Canada notamment au regard de ses engagements internationaux (chapitre 10) dont plusieurs impliquaient la mise en œuvre, au plus tard cette année, d’un réseau représentatif d’AMP. Depuis la conférence de Nagoya et l’adoption des objectifs d’Aichi, le Canada s’est fixé comme nouvelle cible contraignante de protéger 10 % de sont territoire marin d’ici 2020. Dans le chapitre 11, les auteurs rappellent que plusieurs lois fédérales (Loi sur les Océans, Loi sur les aires marines nationales de conservation, Loi sur les espèces sauvages du Canada, Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs) imposent également au Canada la création d’un système national d’AMP et ils notent que plusieurs documents stratégiques détaillent plutôt efficacement la manière d’y arriver.


Les experts jugent que la plupart des engagements relatifs aux AMP n’ont pas été honorés et ils illustrent ce constat en rappelant que moins de 1 % des territoires marins du Canada est protégé et que la superficie des AMP progresse vingt fois moins vite que celles des aires protégées terrestres. Ils dénombrent huit zones de protection marines, quatre aires marines nationales de conservation, aucune réserve marine de faune et quelques centaines de très petits territoires protégeant partiellement des éléments de la biodiversité marine (refuges d’oiseaux migrateurs, réserves nationales de faune ou encore des territoires protégés par une juridiction provinciale ou régionale). Même s’ils jouent un rôle important dans la protection faunique, la SNAP ne considère pas ces territoires comme des aires marines protégées. Les auteurs soulignent également que les rares AMP existantes sont souvent assez permissives quand à la poursuite d’activités humaines extractives au sein même de ces zones de protection. Les mauvaises performances du Canada en matière de création d’AMP lui confèrent un mauvais classement mondial (voir à cet effet l’indice de performance environnemental - IPE). Cette situation est d’autant plus regrettable que le Canada possède un territoire marin unique au monde.

 

Ex-voto des Trois naufragés de Lévis – 1754 – Huile – Centre historique de Saint-Anne

Au chapitre des progrès, les auteurs notent que le gouvernement canadien étudie la possibilité, parfois en partenariat avec les gouvernements provinciaux, de créer plusieurs aires marines protégées. C’est notamment le cas des eaux baignant la péninsule gaspésienne (site encore appelé Banc des Américains) ou les îles de la Madeleine, du Banc de Sainte-Anne, des îles Scott ou encore du Détroit de Landcaster sur lesquels vous pouvez agir en soutenant notre campagne de création de 12 AMP d’ici 2012.


Votre soutien est d’autant plus important que les scientifiques croient que, sans renforcement de sa volonté politique, le Canada ne tiendra pas les engagements qu’il a pris pour 2020 en matière de création d’AMP. Ils expliquent que l’atteinte de cet engagement reviendrait à créer chaque année – et pour les neuf années à venir – plus d’AMP (72 000 km2) qu’il n’en existait en 2011 (46 000 km2). En signant notre pétition, vous pouvez nous aider à changer cette dynamique et ainsi contribuer à préserver notre inestimable patrimoine marin.

Jérôme Spaggiari
Coordonateur en conservation

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