Caribou forestier : 26 scientifiques se prononcent

Partager

 

Billet de blogue de Pier-Olivier Boudreault, Chargé de projets en conservation et foresterie à la SNAP Québec

 

La SNAP accueille avec enthousiasme la lettre ouverte publiée par un important groupe de scientifiques en faveur de la protection du caribou forestier, qui insistent sur l’importance de concilier l’emploi et l’environnement.

Le groupe est composé de scientifiques dont le travail est ou a été en lien avec le caribou forestier. Parmi eux, on retrouve plusieurs chercheurs de renom du milieu académique, gouvernemental ou privé.

Le cas du Saguenay-Lac-St-Jean

Les scientifiques ont notamment tenu à remettre en cause le mythe selon lequel le caribou se porterait bien dans la région du Saguenay-Lac-St-Jean – où la SNAP mène une campagne visant à assurer la protection de cette espèce.

Ce mythe est né lorsqu’un journaliste a publié les résultats d’un inventaire hivernal de caribou datant de l’hiver 2013. L’inventaire en question stipulait que le nombre de caribous observés avait doublé sur un secteur restreint du Saguenay-Lac-St-Jean. Plusieurs y ont vu un signe de santé de la population.

Or les scientifiques mentionnent que « les données ne nous permettent pas de tirer une telle conclusion ». Ils rappellent que la proportion de jeunes dans la population (~10%) est en dessous du taux nécessaire à son renouvellement, soit 15%.

La polémique autour du caribou et des aires protégées au Saguenay-Lac-St-Jean a été amplifiée par la candidature du chef libéral Philippe Couillard dans la circonscription Roberval. M. Couillard a soutenu durant la campagne qu’il « ne sacrifierait pas un seul emploi forestier au profit du caribou. »  

Au Saguenay-Lac-St-Jean les taux de perturbation dans plusieurs secteurs de la forêt boréale exploitée sont supérieurs à 75%. « À ce niveau, le maintien à long terme du caribou dans la forêt boréale est fort peu probable sans geste concret et immédiat visant la restauration de son habitat. », peut-on lire dans la lettre.

Des gestes à poser

Depuis plusieurs années, la SNAP milite pour la création d’aires protégées vouées à la conservation du caribou. Pour cela, elle se base sur les recommandations du Plan de rétablissement du caribou au Québec, fondé sur plusieurs centaines d’études indépendantes.

En plus de grandes aires protégées de 10 000 km2, le plan recommande la création d’aires protégées interconnectées (~1000 km2) au sein même de la forêt exploitée. Ces aires protégées constituent notre police d’assurance pour cet animal qui a soif de grands espaces intacts. Un seul caribou utilise dans l’année superficie moyenne d’au moins 750km2

Cependant, la protection tarde à venir et se fait de plus en plus pressante. En effet, les aires protégées proposées par la région du Saguenay-Lac-St-Jean ne recoupent pas les sites prioritaires identifiés pour la conservation du caribou.

Impacts sur les volumes de bois

« La création d’aires protégées de grande superficie et la modification des pratiques forestières ne seront pas sans conséquence sur les volumes de bois accordés à l’industrie. Nous sommes tous sensibles à cette réalité », écrivent les scientifiques.

Mais ils rappellent que le Québec vient tout juste de se doter d’un nouveau régime forestier, dont les pratiques doivent assurer la protection des espèces menacées comme le caribou.

Ces pratiques forestières exemplaires sont aussi nécessaires au maintien des certificats FSC de l’industrie. Les certificats FSC sont réclamés par plusieurs clients de l’industrie qui souhaitent acheter des produits issus de foresterie respectueuse de l’environnement, des Premières Nations et des travailleurs.

Les scientifiques se disent prêts à apporter leur collaboration pour relever ce défi. « Après tout, conclut la lettre, la présence du caribou dans notre forêt boréale sera, pour les générations futures, le reflet d’une exploitation forestière responsable et durable, dont nous pourrons tous être fiers. »

---

Vous pouvez signer la pétition pour la protection du caribou de la SNAP en cliquant ici. (déjà plus de 32 000 signataires!)