Coupures budgétaires - Après les livres, la faune ?

  • Date de publication: 09 04 2014 |
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Après la controverse soulevée par les propos du ministre Bolduc à l'effet que les bibliothèques scolaires aient déjà assez de livres, voilà que le ministre Lessard annonce des mesures de restrictions budgétaires touchant directement la conservation de la faune. Le gouvernement du Québec considère-t-il que la faune est suffisamment protégée ?  A-t-on déjà assez de faune? Espérons que, là aussi, le gouvernement se ravisera.

Rappelons les faits. Plus de 50 postes occasionnels seront coupés suite à l'annonce du ministre Lessard : agent de protection de la faune, biologiste, technicien, tout le monde y passe ! 
Ces coupures sont inquiétantes. En juin dernier, le ministre Lessard soutenait que la section Faune et Parc de son ministère représentait 950 emplois (équivalent temps complet), dont 736 en régions. Avec plus de 50 postes supprimés, les capacités d’intervention du ministère nous semblent fortement compromises. Le ministère a, rappelons-le, la mission d’assurer la conservation et la mise en valeur de la faune et de son habitat. Comment pourra-t-il réaliser une surveillance adéquate de la chasse et de la pêche avec la perte de plusieurs agents de protection de la faune ? Sera-t-il en mesure protéger les espèces menacées en se privant de l’expertise de biologistes ?  Sera-t-il capable d’intervenir auprès du ministère des Transports pour minimiser les impacts des travaux routiers et assurer la sécurité du public face aux intrusions fauniques? Rien n’est moins sûr, en cette période où les menaces pour la faune se multiplient aux quatre coins du Québec… Comme en témoigne la récente autorisation des travaux d’une pétrolière en plein cœur de l’habitat essentiel des bélugas du Saint-Laurent, une espèce en déclin.


Le premier ministre Couillard refusait de parler d’ « austérité », mais en regard de cette annonce, il est difficile de faire autrement.
Les dépenses engendrées par la pratique de la chasse, de la pêche et du piégeage s’élèvent pourtant à plus de 1,6 milliard de dollars. Les gouvernements du Québec et du Canada perçoivent au total 246,6 millions de dollars en revenus fiscaux et parafiscaux grâce à la pratique de ces activités. C’est bien suffisant pour faire partie des « vraies affaires ».  Et ces vraies affaires ne pourront continuer que si elles sont  bien encadrées par du personnel compétent et en nombre suffisant.

Lorsque que le premier ministre Couillard nommait son cabinet, en avril dernier, nous nous interrogions publiquement sur la pertinence de déplacer le portefeuille Faune. Ce dernier passait alors du ministère de l'Environnement (MDDEFP) à un nouveau ministère à vocation manifestement plus « économique », le Ministère des Forêts, de la Faune et des parcs (MFFP). Nous craignions alors que la Faune soit de plus en plus marginalisée – craintes qui semblent aujourd'hui se réaliser. Qu'il s'agisse de livres ou de faune, nous devons plus que jamais demeurer vigilants pour veiller à ce que les coupures de Québec  n’aillent pas à l’encontre du bien commun, de l’économie des régions, et de la conservation de la biodiversité.


Christian Simard, directeur général de Nature Québec

Patrick Nadeau, directeur général de la SNAP-Québec