Drapeau rouge pour les Montagnes Blanches

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Article de blogue par Pier-Olivier Boudreault, chargé de projet en foresterie et conservation à la SNAP Québec

La semaine dernière, la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) dévoilait l’existence d’importants rapports sur le caribou forestier jusque là occultés par le gouvernement. Suite à cette sortie, Québec a rendu public ces rapports, geste dont nous nous sommes réjouis. C’est certes un pas dans la bonne direction, mais il reste beaucoup de territoire à franchir… et à protéger.

Les rapports exposés par la SNAP Québec contiennent des informations cruciales au rétablissement du caribou forestier – mais aussi au rétablissement des FAITS sur l’impact économique réel de la protection de son habitat essentiel. Tout indique que le gouvernement est prêt à abandonner des parties d’habitat jugées essentielles à la conservation du caribou dans le secteur des Montagnes Blanches et ce, au profit de l’exploitation forestière. Or, l’information contenue dans ces rapports nous permet de lever un drapeau rouge sur le processus décisionnel en cours car les impacts socio-économiques du rétablissement du caribou semblent avoir été grandement exagérés.

Sommets des Montagnes Blanches. Crédit photo: F. Brassard, MDDELCC

Loin des yeux, loin du coeur
D’une superficie d’environ 2000 km2, le secteur délaissé est situé au nord du Lac Manouane, à 250 km au nord de la ville de Saguenay, en plein cœur des Montagnes Blanches (voir la carte 1). Loin des yeux, loin du cœur, mais sans doute très près de certaines influences. Comme le montre la carte, ce secteur fait pourtant partie d’une zone jugée comme prioritaire pour la création de grandes aires protégées pour le caribou forestier (en hachuré sur la carte).

Carte 1: Secteur des Montagnes Blanches (cliquez sur la carte pour agrandir)

Nous avons deux raisons de croire que le gouvernement ne semble pas avoir l’intention d’inclure ce secteur dans son projet d’aire protégée des Montagnes Blanches annoncé en avril 2016. D’une part, cette zone est actuellement exclue de la « protection administrative » mise en place de manière intérimaire (en mauve sur la carte). D’autre part, le ministère des Forêts a même planifié des coupes dans ce secteur comme le révélait la SNAP Québec en juin dernier (en rouge sur la carte) !

Il s’agit pourtant d’un secteur gagnant-gagnant. Outre le fait que l’habitat soit hautement propice au caribou forestier et que sa présence y soit documentée, la productivité forestière dans cette zone est considérée comme moyenne (voir la carte 2, secteur encerclé en rouge). De plus, ce secteur est extrêmement loin des usines, ce qui augmente les coûts de transport, de construction de chemins et favorise l’exil de travailleurs loin des communautés et de leurs familles. Sincèrement, qu’a-t-on à gagner comme société à exploiter ce secteur?

Carte 2 : concentration de peuplements productifs en forêt aménagée

Protéger des caribous fantômes
Certains soutiennent encore que nous pouvons protéger le caribou en dehors de la forêt aménagée*. L’un des rapports dévoilés par la SNAP Québec indique qu’une telle perspective est impensable :

Bien que les forêts aménagées couvrent seulement le quart de l’aire d’application du plan de rétablissement, elles abritent près de la moitié de la population estimée de caribous forestiers. (p.1)

Par ailleurs, dans une grande partie des trois quarts restants, la présence du caribou est jugée « improbable » ou « incertaine » dans le même rapport (voir la carte 3). C’est donc en forêt aménagée qu’il faut mettre les efforts. Il ne faut pas oublier que le caribou était présent jusqu’en Nouvelle-Angleterre au milieu du 19e siècle et qu’après-tout, l’espèce nous a déjà cédé une grande partie de son aire de distribution.

Carte 3 : Fréquentation du caribou forestier dans son aire de répartition

Au final, la SNAP Québec demande au gouvernement de se baser sur la science pour délimiter le contour des aires protégées pour le caribou et de prendre acte des conclusions des analyses économiques qu’il a à sa disposition. Le maintien de la possibilité forestière à tout prix n’est pas une solution au maintien des emplois puisque les volumes récoltés sont pratiquement toujours inférieurs à la possibilité forestière dans la forêt publique, année après année et ça depuis près de 15 ans.

La SNAP Québec invite de nouveau le gouvernement à préciser l’échéancier de son plan d’action sur le caribou forestier et la manière dont il compte collaborer avec les groupes environnementaux possédant une expertise sur le sujet.

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* La forêt aménagée est la zone où l’exploitation forestière est permise. Au nord de la limite nordique des forêts attribuables (voir carte 1), l’exploitation forestière n’est pas permise.