Pensons à épargner le capital naturel marin du Québec avant de le dilapider !

  • Date de publication: 11 29 2012 |
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Dans un article du Devoir (édition abonné) paru le 29 novembre 2012, Jessica Nadeau rapportait que hier, à l’Assemblée nationale, monsieur Legault reprochait à madame Marois le manque de motivation apparent de sa Ministre des Ressources naturelles à ce que le Québec exploite le pétrole du gisement potentiel de Old Harry.

Il est vrai que le gouvernement de madame Marois semble favorable à ouvrir le golfe à l’industrie pétrolière. On peut toutefois penser que madame Marois continue de croire, comme elle l’avait affirmé lors de son passage aux îles de la Madeleine durant la campagne électorale, qu’il est nécessaire d’attendre les résultats de l’évaluation environnementale stratégique (EES) toujours en cours, avant de prendre une décision aussi lourde de conséquences. Nous pensons même, compte tenu de l’importance de ce choix pour l’ensemble des communautés côtières, que la décision finale devrait être soumise à l’analyse du BAPE.
En attendant de franchir ces nouvelles étapes, comme membre fondateur de la Coalition Saint-Laurent, la SNAP Québec continue de réclamer un moratoire sur l’exploration et l’exploitation gazière et pétrolière dans l’ensemble du golfe du Saint-Laurent.

Ceci étant dit, il semble que la seule question qui intéresse véritablement la plupart des politiciens est de savoir quand les forages pourraient commencer. Ce débat nous semble largement prématuré alors même que les scientifiques ne cessent de nous rappeler que la santé du Saint-Laurent se dégrade et qu’ils recommandent une approche écosystémique et intégrée (lire la déclaration des chercheurs de Québec-Océan). Par ailleurs cet écosystème exceptionnel qui contribue largement à notre prospérité et à notre bien-être continue d’être très mal protégé et en particulier, les aires marines protégées – AMP – couvrent toujours moins de 1% de sa surface.

Nous rappelons que le gouvernement québécois s’est engagé dans ses Orientations stratégiques du Québec en matières d’aires protégées à protéger 10% de ses territoires marins d’ici 2015, l’échéance approchant à grand pas, nous serions très intéressés de savoir comment ces engagements seront mis en œuvre.

 

Carte du réseau d’aires marines protégées en Australie, couvrant près de 2,3 millions de km² soit 30% de leur territoire marin, que le gouvernement a récemment créé (novembre 2012) suite à un intense travail de planification marine spatiale.

Nous recommandons que le Québec s’engage rapidement, aux côtés des gouvernements fédéral et régionaux mais aussi de l’ensemble des communautés concernées, dans un exercice de planification systématique de la conservation de ses milieux marins. Ce processus de planification spatial favorisera un développement durable de nos régions marines en maximisant les bénéfices liés à la valorisation des services écologiques°  rendus par les océans et en limitant les conflits d’usages. Cette approche fonctionne parfaitement comme l’ont prouvé la Californie ou l’Australie qui protègent maintenant avec efficacité respectivement 15 et 30 % de leurs territoires marins.

Jérôme Spaggiari, coordonateur en conservation
Sylvain Archambault, responsable aires protégées et utilisation du territoire

°Les services écologiques sont des bénéfices que les humains retirent d’écosystèmes fonctionnels. On les classe dans quatre catégories : les services d’approvisionnement (e.g. produits de la pêche, substances médicales d’origine marine, etc.), les services de régulation (e.g. stockage du carbone, régulation du climat, etc.), les services culturels (e.g. inspiration artistique, sujet d’études scientifiques, etc.) et les services de soutien dont dépendent les trois premiers (e.g. cycles bio-géochimiques, processus écologiques…).