Faux départ de TransCanada à Cacouna - Lettre ouverte publiée dans Le Soleil

  • Date de publication: 04 28 2014 |
  • Cet article est classifié sous: milieux-marins
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Faux dé­part de TransCa­na­da à Ca­cou­na
‘Le Soleil’ – 2014-04-28

Des tra­vaux lan­cés en ca­ti­mi­ni ex­posent les bé­lu­gas du Saint-Laurent à des im­pacts cer­tains.

C’est avec stupéfaction que nous apprenions dans Le Devoir du 18 avril que TransCanada entreprend des travaux de relevés géophysiques à Cacouna dans le but d’y implanter un port pétrolier — site qui deviendrait le point d’exportation du pétrole albertain acheminé par le pipeline Énergie Est que souhaite construire cette compagnie. Ces travaux lancés en catimini exposent les bélugas du Saint-Laurent, espèce emblématique du fleuve, à des impacts certains.
La nature du projet suscite de nombreuses inquiétudes. Le terminal pétrolier se situerait dans un secteur hautement sensible, considéré comme habitat critique des bélugas du Saint-Laurent. Le dérangement causé par la construction du port, ainsi que le trafic maritime accru, pourrait être désastreux pour cette population désignée menacée. Il existe par ailleurs un projet d’aire marine protégée au même endroit qui aurait dû voir le jour depuis fort longtemps. Viennent s’ajouter les implications plus larges du projet Énergie Est, qui ferait du Québec une plaque tournante pour le pétrole albertain, avec des répercussions certaines pour les émissions de GES. En somme, un projet qui n’a pas fini d’être débattu et qui devra obligatoirement être assujetti à l’évaluation environnementale et à des consultations publiques.

Mais dans l’immédiat, nous jugeons inacceptable le lancement subit des travaux cette semaine. Ceux-ci ne sont pas sans risques, contrairement à ce que pourrait laisser entendre TransCanada. Il est notamment question d’effectuer des levés sismiques — un procédé loin d’être inoffensif pour la faune marine, particulièrement les mammifères marins. À notre connaissance, il s’agirait des premiers levés sismiques en milieu marin québécois depuis que le BAPE s’est penché sur cette filière en 2004!

Il nous semble clair que TransCanada cherche actuellement à profiter d’une conjoncture dangereuse : affaiblissement des lois encadrant ses activités, flou administratif, et timing douteux. En effet, si les travaux lancés cette semaine avaient eu lieu il y a quelques années, ils auraient été assujettis à la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale. Ce n’est plus le cas, à la suite de l’éviscération de cette loi par le gouvernement fédéral en 2012. Et comment justifier un départ si rapide, alors que l’évaluation du projet par l’Office national de l’énergie n’a même pas été entamée?

On peut se questionner sur le rôle du gouvernement québécois dans l’encadrement de ces travaux. Qu’en est-il de la Loi limitant les activités pétrolières et gazières, qui interdit, depuis juin 2011, les levés sismiques pour l’exploration des hydrocarbures à l’ouest de l’île d’Anticosti? Si Québec a jugé cette zone du Saint-Laurent si vulnérable sur le plan écologique, pourquoi le fédéral permettrait-il des levés sismiques à Cacouna? Difficile d’obtenir les réponses à ces questions pourtant incontournables… puisque l’entreprise a choisi de lancer ses travaux un Vendredi saint, de surcroît en l’absence de répondants gouvernementaux québécois, puisque le conseil des ministres n’était toujours pas formé!

Force est de constater que les choses sont bien mal parties à Cacouna. Un projet d’une telle envergure ne peut se permettre de brûler les étapes de la sorte. Nous demandons donc au premier ministre Couillard d’intervenir afin de faire valoir les droits du Québec quant à l’évaluation environnementale du projet de TransCanada. Nous demandons également au gouvernement fédéral de suspendre les permis ayant été délivrés pour ces travaux, et de rétablir l’ordre normal des opérations : l’évaluation environnementale d’abord.

Patrick Nadeau, directeur général, SNAP Québec
Karel Mayrand, directeur général, Fondation David Suzuki
Lyne Morissette, Ph. D., Cercle scientifique de la Fondation David Suzuki Christian Simard, directeur général, Nature Québec