Le caribou toundrique vu du Mushuau-nipi — 1/2

  • Date de publication: 08 23 2012 |
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Vers un diagnostic partagé sur la situation du caribou toundrique

Je reviens de vivre une expérience unique au Mushuau-nipi, sur la rivière George, à la limite entre les forêts d’épinettes et la toundra. Ce site est connu et utilisé depuis des millénaires par les Innus qui venaient notamment y pratiquer la pêche et la chasse.

Depuis une dizaine d’années, Serge Ashini Goupil et la corporation des Amis du Mushuau-nipi organisent dans ce lieu grandiose et inspirant des séminaires nordiques autochtones pour explorer des thèmes liés à l’utilisation des territoires autochtones et nordiques du Québec. Cette année, la huitième édition de ces rencontres s’intitulait « Un caribou en situation précaire, comment rallier conservation et savoir autochtone? ». Et comme par enchantement, alors que le roi de la toundra boudait le Mushuau-nipi depuis plusieurs années, des centaines d’animaux sont venus nous saluer durant cette semaine.

La SNAP Québec avait été invitée à partager son expérience de travail au sein de l’Équipe de rétablissement du caribou forestier du Québec et plus largement son expertise dans la conservation des écosystèmes naturels, notamment nordiques.


(Ci-dessus : restitution en séance plénière par Thora Herrmann, qui travaille avec les Sami sur la conservation du renne, des discussions de groupe sur le rôle des différentes composantes de la société civile. Crédit photographique : Jérôme Spaggiari).

Lors de ce séminaire, pas d’interminables présentations PowerPoint au message trop contrôlé, ni d’agendas surchargés jusqu’à l’excès, mais plutôt une place réelle pour l’échange, le vrai, celui qui révèle ce que l’on a au fond du cœur ou dans ses tripes. La trentaine de participants, majoritairement Innus, ont successivement pris la parole pour exprimer son lien avec le caribou. Personnellement j’ai reçu les puissants témoignages des chasseurs de caribou innus comme une véritable offrande. J’ai été privilégié de comprendre, de vivre devrais-je dire, à quel point la culture innue était intimement liée à cette espèce. Un ainé a même affirmé dans sa langue, l’innu-aimun, que sans caribou il n’y aurait pas d’Innus ! Si besoin était, voilà une raison supplémentaire, indiscutable celle-là, de travailler ensemble à la protection de cette espèce et de son habitat.

Au deuxième jour du séminaire, nous découvrions ensemble les résultats du dernier inventaire du troupeau de caribous de la rivière George. Seulement un peu moins de 28 000 animaux étaient observés cet été alors qu’ils étaient environ 74 000 en 2010 et autour d’un million dans les années 1990. Même si ce n’était pas une véritable surprise – les recherches laissant penser que les effectifs du caribou toundrique varient de manière cyclique en passant par des maximums et des minimums importants – la nouvelle a sonné comme un coup de tonnerre.

Serge Couturier, un expert qui étudie le caribou depuis presque trente ans, nous expliquait que lors des crashs de population, les suivis télémétriques (certains animaux sont équipés de colliers émetteurs) montrent que l’espèce se regrouperait dans un territoire d’environ 75 000 km² situé entre Schefferville, Kangiqsuallujuaq et Nain (au Labrador). De manière intéressante ce territoire est connu depuis longtemps par les Premières Nations qui le désignent sous le nom de la maison du caribou. Un bel exemple de convergence entre connaissances scientifiques et traditionnelles. L’autre point de convergence majeur selon moi est le partage d’un diagnostic commun quant à la gravité de la situation et la nécessité d’agir rapidement et efficacement.

Récit à suivre prochainement sur le blogue de la SNAP Québec : « Vers un partage de solutions partagées » ; d’autres photos du séminaire nordique autochtone sont visibles sur notre page Facebook.


Jérôme Spaggiari
Coordonnateur en conservation

*J’ajoute mes remerciement personnels à ceux de la SNAP Québec à Mountain-Equipment Co-op qui a généreusement contribué à rendre possible ma participation à ce séminaire.