Les coulisses de la création d’une aire protégée

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Article de blogue de Patrick Nadeau, Directeur général de la SNAP Québec - 15 juillet 2015

Lundi 13 juillet, le gouvernement du Québec et le Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) ont annoncé la création d'une nouvelle aire protégée de plus de 500 000 hectares en région boréale, soit plus de 5 fois la taille du lac Saint-Jean!  Les activités industrielles seront ainsi interdites à perpétuité dans une zone qui comprend le lac Evans – le plus grand lac naturel au sud du Nunavik, qui demeure inaccessible par la route. Cette annonce est un résultat des années d'efforts de la part des Cris pour mieux protéger leur territoire traditionnel (Eeyou Istchee),

Grâce au soutien de ses donateurs, la SNAP a été en mesure d’appuyer les Cris dans leur démarche depuis la première heure. Sur place, nous avons collaboré avec les maîtres de trappe des communautés de Waswanipi et de Nemaska afin de mieux définir les besoins en matière de conservation. Nous avons organisé et participé à de nombreux ateliers d'échange avec les Cris pour trouver des solutions quant à l'aménagement du territoire, à l'état précaire du caribou forestier et à la disparition des forêts intactes. Ces efforts ont notamment mené à la proposition de l'aire protégée Chisesaakahiikan, dont la grande majorité a été protégée par la présente annonce.

Nous avons aussi maintenu la pression sur nos décideurs. Pendant plus de sept ans, nous avons talonné les élu(e)s et ministres à d'innombrables reprises sur le sujet. Nous en avons fait un cheval de bataille dans le cadre du Plan Nord. Nous avons voyagé en Australie avec les Cris pour porter leurs revendications sur la scène internationale. Sans oublier toutes les personnes qui se sont mobilisées dernièrement pour affirmer leur soutien à la conservation de l'Eeyou Istchee. J'ai d'ailleurs été fort touché que le Grand Chef des Cris, Matthew Coon Come, prenne le temps de remercier la SNAP et ses sympathisants pour nos « efforts infatigables » sur ce dossier.

Il n'aura cependant peut-être pas échappé à certains d'entre vous que malgré le gain important en terme de conservation que représente cette nouvelle aire protégée, l'histoire n'est pas rose à 100% : la création d'une aire protégée est souvent une histoire de concessions, plus ou moins douloureuses. Dans le cas actuel du Lac Evans, l'absence de protection pour la forêt intacte au nord de la rivière Broadback est une omission flagrante. Ce territoire, nommé Mishigamish par les Cris de Waswanipi, est un secteur névralgique pour le caribou forestier. L'aire protégée évite clairement cette zone afin de ne pas importuner l'industrie forestière, et ce même si les volumes en jeu sont d'une importance économique marginale. Ce résultat amène pour bien des parties prenantes, y compris pour nous à la SNAP, un goût de déception qui nous a rappelé les désormais célèbres propos du premier ministre Couillard en période électorale : « Je ne sacrifierai pas une seule job dans la forêt pour les caribous ».

C'est pourquoi pour la SNAP, le réseau d'aires protégées en Jamésie doit encore être consolidé et le secteur de Mishigamish demeure une priorité.

Pour cela, le soutien des citoyens est un facteur clé de réussite. Notre travail avec les Cris est important mais il nécessite bien sûr des dépenses, que nous parvenons à couvrir grâce aux dons des personnes qui croient en l'importance de la conservation de nos milieux sauvages.

Nous n'avons pas à nous sentir impuissants face au déclin de nos forêts intactes et du caribou forestier.
Sachez qu'avec votre aide, nous pouvons faire la différence.

Merci de prendre un moment, dès maintenant, pour faire un don à la hauteur de vos capacités pour nous permettre de poursuivre le travail!