Nouvelle norme FSC au Canada :  maintenir la barre haute pour les générations futures

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Article de blogue par Pier-Olivier Boudreault,
Chargé de projet en conservation et foresterie, SNAP Québec
Membre du conseil d’administration de FSC Canada, chambre environnementale

Un important processus démarre aujourd’hui dans le monde de la foresterie canadienne avec l’annonce d’une consultation publique sur la nouvelle norme FSC. C’est l’occasion ou jamais de s’engager dans un processus qui nous mènera peut-être vers les pratiques forestières les plus exemplaires au monde.

Vous avez probablement déjà vu le logo de FSC sur votre dernier paquet de papier d’imprimante ou sur des planches de bois chez votre quincaillier. À l’image des étiquettes « bio » ou « équitable » dans leur contexte respectif, le logo FSC garantit que les produits que vous achetez sont issus de pratiques forestières responsables.

Des pratiques forestières responsables vous dites ? Concrètement, cela veut dire que des entreprises forestières ont volontairement accepté de se conformer à une norme précise et qu’ils acceptent que des auditeurs indépendants vérifient leur conformité à chaque année. Or, c’est justement cette norme qui vient d’être révisée et qui fait l’objet d’une consultation publique.

Une modernisation nécessaire
La nouvelle norme propose d’intégrer de nouveaux critères pour l’obtention d’une certification. Parmi eux, trois représentent des enjeux de taille : la protection du caribou forestier, le maintien des paysages forestiers intacts (PFI) et le consentement libre, préalable et éclairé (CLPE) des autochtones. 

Ces enjeux sont complexes. C’est d’ailleurs pourquoi on leur colle souvent des acronymes moins intimidants. Cet article n’a certainement pas pour objectif de présenter le détail de chacun. Par contre, nous pouvons affirmer qu’il existe un consensus sur le fait que ce sont des enjeux cruciaux à l’échelle mondiale pour une foresterie du 21e siècle. On estime qu’à peine 22% des forêts dans le monde sont considérées « intactes ». Le caribou forestier est menacé à l’échelle canadienne et il reste beaucoup de chemin à faire sur la question de la gestion des ressources naturelles en territoire autochtone.  

FSC est la seule certification qui intègre de tels enjeux à la fois sensibles et essentiels. C’est en partie pourquoi elle offre une crédibilité reconnue mondialement. Pour que cette crédibilité perdure, il sera essentiel que ces préoccupations se concrétisent dans une norme canadienne solide et ambitieuse d’ici la fin du processus de consultation, dans un an environ.

Rester dans le peloton de tête
Ce que l’on oublie souvent de souligner avec la norme FSC, ce sont les bénéfices que la société et les communautés forestières peuvent en retirer. La norme comporte notamment des indicateurs qui assurent de meilleures conditions pour les travailleurs forestiers. En protégeant les massifs forestiers intacts, nous nous assurons aussi que l’exploitation forestière reste proche des usines au profit des communautés forestières qui en dépendent. Ainsi, les travailleurs se déplacent moins loin, passent plus de temps dans leur famille et moins de temps dans les camps. Axer notre gestion sur la durabilité de la ressource veut aussi dire que les entreprises et les emplois auront davantage de chances de se maintenir dans le temps.

Actuellement, le Canada est le pays le plus certifié en forêts "FSC" au monde et le Québec représente 50% des certificats avec près de 25 millions d’hectares de forêt certifiés. Notre province occupe donc une place stratégique sur le marché des produits forestiers durables dont la tendance est à la hausse : le nombre de certificats FSC dans le monde a augmenté de 81% depuis 2010. Le régime forestier québécois, en pleine réforme depuis l’Erreur boréale et la commission Coulombe, nous aide à certains égards à atteindre les hauts standards fixés par la norme FSC.

Le Québec a intérêt à maintenir son engagement envers la norme FSC et à préserver sa place dans ce marché. Il s’agit là d’un choix de société à long terme qui va bénéficier aux travailleurs forestiers, aux Premières Nations, bref à l’ensemble des citoyens du Québec,  – propriétaires des forêts publiques du Québec, faut-il le rappeler.