Plan Nord : ce que nous appuyons mais aussi ce que nous surveillons dans ce mégaprojet

  • Date de publication: 04 20 2015 |
  • Cet article est classifié sous: plan-nord
Partager

Récemment, la SNAP a assisté à la relance officielle du Plan Nord. Une dizaine de ministres accompagnaient Philippe Couillard pour l’occasion, multipliant les annonces au fil de la journée dans un décorum digne d’un véritable spectacle de sons et lumières… Aucun doute à avoir : le Plan Nord est pour nos décideurs LE projet de toutes les ambitions.

Et c’est vrai que, sans aller jusqu’à crier au prodige, nous nous sommes réjouis des cibles de conservation annoncées, soient 20% d’aires protégées strictes d’ici 2020 dont au moins 12% en forêt boréale, ainsi que 50% de l’ensemble du territoire soustrait aux activités industrielles d’ici 2035. Ces engagements sont le fruit d’un travail de (très) longue haleine et ont été remis en question de nombreuses fois avant d’atterrir dans la version finale du Plan Nord. Il y a de quoi se réjouir !

Rappelons aussi que, malgré ses milieux naturels uniques et extrêmement fragiles, le territoire au nord du 49e parallèle ne compte actuellement qu’un peu plus de 10% d’aires protégées, dont 9% en forêt boréale (et 6% seulement pour la forêt commerciale). Le Plan Nord vise donc à doubler la superficie d’aires protégées en moins de 5 ans et à mettre en œuvre des moyens de conservation sur près de 400 000 autres km2. Ce n’est pas rien!

Mais soyons clairs : il faudra que les zones soustraites aux activités industrielles le soient en premier lieu pour leur valeur écologique. Et il ne faudra en aucun cas que la conservation de 50% du territoire ne revienne à un bar ouvert à l’exploitation industrielle sur les 50% du territoire restants. Pour un Plan Nord à la hauteur de ses ambitions, un développement durable, intégré, cohérent, doit se faire sur l’ensemble du territoire. C’est la position que nous défendons à la SNAP.

Concernant la foresterie par exemple

Pour que le Québec puisse prétendre avoir l’un des « meilleurs régimes forestiers au monde » (comme aiment le répéter nos décideurs) et pour que le Plan Nord soit effectivement un plan de développement durable, il faut rapidement prendre les mesures suivantes:
- créer deux grandes aires protégées de 10,000km2 : le bassin versant de la rivière Broadback et le secteur des Montagnes Blanches;
- remettre sur pied les équipes de rétablissement des espèces menacées, dont celle du caribou forestier;
- contribuer au maintien des certifications FSC de l’industrie forestière, notamment en s’assurant que la Stratégie d’aménagement durable des forêts (SADF) est à la hauteur des plus hauts standards environnementaux.

Nous sommes persuadés qu’une foresterie durable tant pour les écosystèmes que pour les communautés forestières est réalisable si les efforts sont mis au bon endroit. Et c’est d’ailleurs ce que nous défendons dans la plateforme de solutions que nous avons récemment publiée avec d’autres groupes environnementaux.

Et les mines alors?

Malgré la réforme de la loi sur les mines en 2013, le régime minier québécois comprend encore des lacunes criantes face  auxquelles nous ne comptons pas rester les bras croisés. La Coalition Québec meilleure mine, dont nous sommes l’un des membres fondateurs, travaille d’arrache-pied sur ces enjeux.

Citons notamment les redevances minières : les prévisions pour 2014-2016 donnaient 405 millions de redevances pour 24 milliards de valeur brute des ressources extraites… Si nous ne nions pas la contribution du secteur minier à l’économie québécoise, la faiblesse de ces redevances est problématique. Ceci d’autant plus qu’aucune analyse coûts-bénéfices n’a jamais été réalisée et qu’on ne connaît donc pas la rentabilité des investissements publics dans ce secteur.

La question de la restauration des sites miniers demeure également un enjeu préoccupant. Si les compagnies minières ont maintenant l’obligation de constituer des fonds pour cela, la décontamination et la restauration de pas moins de 698 sites miniers abandonnés sont toujours à la charge du contribuable.

Et que dire du « free mining », qui date de l’époque de la ruée vers l’or! Par ce système, l’industrie minière a préséance sur tous les autres usages du territoire, y compris sur les aires protégées. Comment expliquer qu’en 2015 un tel frein à la conservation n’ait toujours pas été aboli!?

Avoir une vision d’ensemble

De façon plus globale, la meilleure façon de s’assurer d’un développement durable du nord québécois est de s’appuyer sur la planification écologique du territoire. Selon nous, l'absence d'une vision d'ensemble, intégrant pleinement les données écologiques, hypothèquerait définitivement tout effort sérieux de conservation au nord du 49e parallèle.

Rappelons aussi que les impacts de nouvelles routes et nouveaux chemins de fers sur les milieux naturels nordiques seront irréversibles. C’est pourquoi la réalisation d’une évaluation environnementale stratégique (ÉES) sur l’ouverture du territoire du Plan Nord, est une revendication que nous portons depuis les débuts du Plan Nord en 2011.

Vous l’aurez compris, les sujets de préoccupation en lien avec le Plan Nord sont nombreux.

C’est précisément pour nous en faire l’écho et encourager des décisions qui garantissent le maintien de l’intégrité écologique du Nord que nous continuerons à défendre les couleurs de la conservation au sein de l’Assemblée des partenaires de la Société du Plan Nord, et des autres groupes de travail auxquels nous sommes invités à participer.