Protection marine dans l’estuaire du Saint-Laurent : pourquoi la SNAP est inquiète.

  • Date de publication: 07 29 2014 |
  • Cet article est classifié sous: milieux-marins
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La SNAP déplorait récemment les changements apportés par Pêches et Océans Canada (MPO) à son site web, changements qui laissaient présager le pire pour l'avenir du projet de Zone de protection marine (ZPM) de l'Estuaire du Saint-Laurent. (Consulter les articles du Devoir, de Radio-Canada et de CBC à ce sujet). Depuis, le MPO a affirmé qu'il ne s'agit que d'une modification terminologique et que le projet est toujours à l'étude. Malgré ces propos, la SNAP demeure très inquiète concernant la conservation marine dans l'estuaire du Saint-Laurent.

Depuis plus de 15 ans, MPO étudie la possibilité de créer une zone de protection marine (ZPM) sur un territoire de près de 6000 km2 autour du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Cette zone aurait comme objectif premier de protéger la totalité de l’habitat du béluga du Saint-Laurent, une espèce désignée « menacée », et d’assurer la protection des autres mammifères marins fréquentant le territoire. Bien que des consultations publiques aient eu lieu en 2004 et qu’un rapport de consultation confirmant l’importance de la protection de ce territoire ait été publié en 2010,  aucun progrès notable n’a depuis été constaté dans ce projet.

Depuis quelques mois, le projet de terminal pétrolier Énergie Est, à Cacouna, au coeur même du site d’intérêt pour la création d’une ZPM, suscite de graves inquiétudes quant à l’avenir du projet de ZPM lui-même.  Afin d’obtenir des précisions sur le sort de ce projet de ZPM que nous jugeons essentiel, nous avons écrit le 26 juin dernier à la ministre des Pêches et des Océans, Mme Gail Shea. Nous n’avons obtenu aucune réponse à cette lettre.

Le 16 juillet, quelques jours à peine après l’envoi de notre lettre, la page web du MPO dédiée à ce projet de protection marine était modifiée substantiellement. Fait intéressant, cette page web n’avait jamais été retouchée depuis près de deux ans. On constate maintenant que toute référence à un « projet de zone de protection marine » y a été biffée pour ne conserver que les mots « site d’intérêt ». Plus grave, le mandat du groupe de travail Canada-Québec n’est dorénavant plus de « poursuivre le processus de désignation de ce site d’intérêt comme zone de protection marine », mais tout simplement « d’arrimer nos outils de conservation ». Plus loin, une phrase affirmant que la zone de protection marine permettrait de « contrer ou d’atténuer » les menaces pesant sur le béluga a tout simplement été biffée. À la lumière de ces changements que nous considérons majeurs, notre inquiétude s’est grandement amplifiée.

Pêches et Océans affirme aujourd’hui que tout cela n’est qu’une « modification terminologique ». Mais alors, pourquoi modifier le mandat du groupe de travail? Pourquoi biffer le rôle important qu’aurait pu jouer une ZPM dans la protection du béluga? Pourquoi ne pas avoir fait ces modifications terminologiques pour les autres sites d’intérêt ailleurs au Canada (Vallée de Shediac, Banc de Sainte-Anne, etc.) où l’on parle toujours de la « désignation de zones de protection marine » ?

L’immobilisme des dernières années entourant le projet de ZPM de l’Estuaire, l’absence de réponse ministérielle à nos demandes d’information, ainsi que les modifications d’importance apportées récemment à la page web du MPO laissent croire à un désintéressement pour la création d’une zone de protection marine sur ce territoire. Si le ministère affirme aujourd’hui qu’après 15 ans ce projet de grande importance est toujours à l’étude, tant mieux. Mais, en l’absence de plan d’action,  d’échéancier, de rapport d’étape des travaux accomplis à ce jour, ou même en l’absence de communication publique régulière, peut-on vraiment y croire ? Nous avons besoin de réponses, car nos inquiétudes sur l’avenir du projet demeurent toujours aussi vives.

Sylvain Archambault et Patrick Nadeau
SNAP Québec

Note : Cinq jours après la publication de l'article dans Le Devoir, la ministre Mme Shea a répondu à notre lettre.