Un garde forestier en orbite autour de la Terre

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Article de blogue rédigé par Pier-Olivier Boudreault, chargé de projet en foresterie et conservation à la SNAP Québec

J’ai récemment découvert un nouvel outil d’analyse d’images satellitaires fort intéressant qui permet de visualiser l’empreinte de la foresterie à partir de l’espace. Plusieurs outils du genre existent déjà, mais celui-ci a la particularité de revenir très loin dans le temps comparativement aux autres et surtout de distinguer les coupes forestières des perturbations naturelles comme les feux de forêt.

L’outil en question, développé par Ressources Naturelles Canada en partenariat avec l’Université de la Colombie-Britannique, permet de constater l’expansion vers le nord des coupes forestières en forêt boréale québécoise entre 1985 et 2011 (cliquez sur l'image pour agrandir):

La course vers le Nord

Cette empreinte de la foresterie vue de l’espace est particulièrement évocatrice de notre dépendance aux forêts dites « primaires », soit celles qui n’ont jamais été touchées par la foresterie industrielle. Bien que le pourcentage de forêt exploitée à chaque année puisse parfois paraître faible, c’est une fois les années mises bout à bout qu’on peut constater le réel impact des activités forestières à l’échelle du paysage. Ces paysages restent trop souvent marqués par l’exploitation forestières et l’ouverture du territoire ainsi créée. À titre d'exemple, le réseau de chemins forestiers s'étire sur plus de 300,000km au Québec, soit 7,5 fois le tour de la Terre!

On sait aussi que les forêts primaires sont importantes pour le caribou forestier, une espèce désignée menacée au même titre que la rainette faux-grillon et le béluga, dont on entend beaucoup parler ces temps-ci. Des études récentes au Québec et ailleurs ont démontré qu’en adaptant l’aménagement forestier pour le caribou – qui a besoin de grandes forêts peu perturbées – on s’assure que les autres espèces typiques de la forêt boréale sont maintenues. On appelle cela le concept « d’espèce parapluie ».

Guérir la dépendance aux forêts primaires
Le Forest Stewardship Council (FSC) est la seule certification forestière qui s’attaque au problème de l’expansion de l’empreinte de la foresterie, et ce en proposant la protection des Paysages Forestiers Intacts (PFI) et des Paysages Culturels Autochtones dans ses normes. Cette initiative a reçu un vaste appui de toutes les chambres de FSC (économique, sociale, environnementale) à l’échelle internationale. Les discussions sont en cours au Canada alors que la norme FSC est en révision. Les images satellites ci-dessus démontrent que FSC doit maintenir le cap au Canada et qu’il est urgent de mettre en place des mesures pour protéger convenablement les PFI.

Il est essentiel de protéger nos forêts primaires de cette montée de la foresterie vers le nord, d’autant plus qu’ils constituent dans plusieurs cas les derniers bastions du caribou forestier. L’un des secteurs qui ressort comme étant particulièrement important est celui des Montagnes Blanches, une région située à cheval entre le Saguenay-Lac-St-Jean, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec. Le secteur de la rivière Broadback, situé dans le territoire ancestral cri près de la Baie James, comprend les dernières forêts intactes de la communauté de Waswanipi et mérite également une protection additionnelle.

Le gouvernement s’est récemment engagé à protéger ces secteurs, mais a été très avare de détails (pas de superficie ni d’échéancier annoncé). Et Dieu sait que le Diable est dans les détails. Un autre engagement du gouvernement est de créer une ou deux grandes aires protégées de 10,000 km2 pour les espèces sensibles à l’activité humaine comme le caribou. L’occasion est parfaite pour un mariage de ces deux promesses en protégeant le meilleur habitat disponible pour le caribou dans les Montagnes Blanches et le secteur de la rivière Broadback!