Un processus pour permettre à tous de bénéficier de la création d’une aire marine protégée aux Îles

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Les aires marines protégées (AMP) poursuivent souvent plusieurs objectifs : protéger la biodiversité marine, contribuer à la gestion des pêches et développer l’utilisation récréative de l’écosystème. Les objectifs spécifiques de la future AMP des îles de la Madeleine ne sont pas encore connus et pour cause, ils devront d’abord être discutés entre les différents partenaires concernés.

Protéger la biodiversité
Le rôle principal d’une AMP c’est précisément de restaurer et de maintenir la biodiversité marine d’un territoire. La littérature scientifique traitant de cet objectif là est globalement unanime, les AMP – notamment celles offrant un statut de protection stricte – fonctionnent bien. Ces études (voir figure ci-dessous) montrent que la diversité et la densité d’espèces, mais aussi la biomasse et la taille des individus, sont plus grandes à l’intérieur des AMP qu’à l’extérieur. Ce constat vaut pour les espèces commerciales comme pour les autres. Les AMP favorisent aussi la migration de nombreux individus de la zone protégée vers d’autres sites où ils viennent dynamiser les populations locales (dissémination d’œufs et de juvéniles).


Contribuer à la gestion des pêches
Les AMP réglementant la pêche sont, contrairement à ce que l’on pourrait penser, plutôt rares. Toutefois pour qu’une AMP ait des effets bénéfiques sur les activités halieutiques il est communément reconnu que certaines zones de l’AMP, appelées réserves, doivent encadrer ces activités. L’amélioration des conditions de pêche à proximité des zones de réserve compense les impacts négatifs de la fermeture de certaines zones. En outre les AMP sont censées apporter davantage de stabilité à l’ensemble du système.

Si de nombreux exemples confirment la théorie (notamment pour la pêche au homard en Nouvelle-Zélande), la réalité est souvent plus complexe ; on peut notamment observer un phénomène de redistribution, qui peut parfois s’avérer défavorable à certains groupes. Ces possibles effets négatifs devront impérativement être identifiés et équitablement compensés. C’est pourquoi le MDDEP et Parcs Canada ont décidé de confier au CERMIM l’étude des interactions potentielles entre les activités halieutiques et la future AMP.

Bien d’autres bénéfices pour la filière halieutique sont envisageables suite à la création d’une AMP mais nous les détaillerons dans un futur billet. Pensez donc à vous inscrire au flux RSS de notre blogue (voir le lien au bas de cette page).

Développer l’utilisation récréative non extractive de l’écosystème
Ce chapitre, sous un titre complexe, traite simplement de ce que l’on appelle l’écotourisme. Les AMP offrent de belles opportunités de développer la voile, la plongée, le kayak, l’observation faunique, etc. La réputation des îles qui profite déjà d’un environnement exceptionnel bénéficierait sans contexte de la création d’une AMP. Les revenus de l’écotourisme stimuleront l’économie de l’archipel qui a clairement identifié le tourisme de plein air comme une priorité de développement.

Les impacts de la création d’une AMP auront vraisemblablement des effets différents selon les catégories d’acteurs dont les intérêts varient. C’est précisément pour cette raison que le processus de la création d’une AMP est, en lui-même, si important. Il doit aboutir, dans un échange constructif avec l’ensemble des partenaires concernés, à organiser les différentes utilisations qui sont faites du plateau madelinien tout en limitant leurs impacts sur l’écosystème ainsi que les possibles conflits d’usage.

C’est pourquoi la SNAP Québec a salué positivement l’annonce du lancement d’une sérieuse étude de faisabilité d’une AMP aux îles. Ce processus, prévu pour durer deux années, est fondamental, car nous croyons qu’il contribuera à l’émergence d’un diagnostic partagé et à définition d’un projet bénéfique pour tous. Or en matière de conservation, nous savons que le succès d’un projet dépend beaucoup du soutien qu’il recevra.

Jérôme Spaggiari, 
Coordonnateur en conservation, SNAP Québec

 

Pour en savoir plus
Alban et al. 2006. Economic analysis of marine protected areas, a literature review. EMPAFISH Project, Booklet n°3. 51 pp.


Jensen et al. 2011. Directives scientifiques relatives aux aires marines protégées – AMP – et aux réseaux d’AMP au Canada. Vancouver, Société pour la nature et les parcs. 12 pp.


Kelly et al. 2002. The value of a spillover fishery for spiny lobsters around a marine reserve in northern New Zealand. Coastal Management 30 (2): 153-166.
Lester et al. 2009. Biological effects within no-take marine reserves: a global synthesis. Marine Ecology Progress Series 384 : 33-46